Autopsie

Lorsqu’on parle de « sécuritaire », on imagine souvent la dictature en grosses pompes…Et bien non, le « sécuritaire » c’est aussi le silence de la pantoufle administrative… Avant même d’être un ambitieux projet de transformation de la France en un gigantesque commissariat, la LOPPSI 2 , et le « tout sécuritaire » qui va avec, est un formidable outil de gestion de la main d’oeuvre (avec ou sans travail).
Le rôle de l’État, de gauche comme de droite, sécuritaire ou démocratico-démagogique, est d’assurer le développement de l’économie en garantissant des conditions favorables d’exploitation. Les moyens qu’il se donne dépendent de la situation sociale à laquelle il doit s’adapter mais l’objectif reste toujours la rentabilisation de la chair à patron (celle qui produit le capital). RMI… RSA… les outils de contrôle des travailleurs précaires s’affinent mais la logique reste la même : la précarisation des précaires appuie celle des travailleurs, permet le nivellement des salaires vers le bas, la flexibilisation du travail et le développement de l’intérim. L’organisation de la précarité sert toujours l’organisation du marché du travail. Il en va de même pour toutes ces lois qu’on qualifie de « sécuritaires ». Des premières lois sur la maîtrise de l’immigration votées par la Gauche, à cette série de lois LOPPSI, la logique reste la même : une gestion des population de plus en plus performante pour un contrôle de plus en plus précis du marché du travail. On est loin du fantasme d’un État policer qui viendrait tabasser l’État social existant…

En 2003, la Loi d’Orientation et de Programmation pour la Sécurité Intérieure se prend un « P » de plus pour « Performance ». Comme partout, l’heure est à l’ « optimisation », au « management », à l’ « organisation des ressources humaines ». La gestion du social adopte ce fonctionnement. La politique de la « sécurité intérieure » doit désormais être « managée » avec autant de succès qu’une entreprise en plein essor. C’est donc largement une histoire de gros sous qui va alimenter les marchés de la surveillance et du contrôle: des mouchards électroniques aux caméras en passant par la construction immobilière et la promotion du secteur privé de la sécurité.
Désormais, l’« anticipation », la « prévention des délits » et les « pronostiques sur les profils criminogènes dès le plus jeune âge » viennent remplacer les traditionnels modes de résolution d’enquête pour « prévenir plutôt que guérir ».
De plus, en matière de rendement policier, le calcul est simple, il suffit de ratisser large. Voleur, Rrom, squateur, délinquant à la petite semaine, sans-papier, maraudeur des « tombés-du- camion », vendeur « à la sauvette », marginal qui construit sa cabane (…) viennent grossir les rangs de l’« ennemi intérieur », aux côté des multiples menaces terroristes, migratoires ou banlieusardes. Le principe est de donner au Ministère de l’Intérieur les moyens de mener une politique offensive contre cette délinquance de masse, diffuse et quotidienne, que pratiquent régulièrement tous les exploités de ce système pour tenter de survivre un peu mieux. Et comme c’est ce « régulièrement » qui fait du chiffre (chez les juges ça s’appelle « récidive »), c’est ce type de délictualité de misère que la politique de la sécurité intérieure désigne comme fléau national et se donne pour tâche d’éradiquer
« (…), loin d’être seulement l’addition de délits indépendants les uns des autres, la délinquance est plutôt le fait d’un nombre limité de personne ayant adopté un mode de vie criminel qui se caractérise par la commission régulière d’infraction. »
Les chiffres de la délinquance gonflent, le mythe de l’insécurité grandit, et la police a de plus en plus de travail… Ça tombe bien ! Avec la LOPPSI 2 tout les coups sont permis.

La LOPPSI 2, c’est donc avant tout un programme d’orientation sur 4 ans qui vise à réorganiser les administrations du contrôle social en les dotant des moyens pour le faire : Le but est de « mutualiser les forces » c’est à dire rendre policer tous les acteurs civils du contrôle (boites de sécurité privées, Éducation Nationale, société de transports en communs, Pôle Emploi, Sécurité Sociale, Trésor Public…) afin que les flics n’aient plus à s’occuper de paperasserie et se concentrent sur le terrain. Les agents de direction de l’administration sociale pourront désormais à la fois s’échanger des informations entre eux ou en demander aux keufs, et dresser des procès verbaux en cas de fraude.
Quant à la bleusaille, gendarmes, policiers et douaniers seront incités à travailler ensemble par la création d’équipe commune d’enquête et des possibilités de formation mutuelle. Pour « optimiser » leur rendement, on modernise leurs moyens technologiques ( par exemple triplement du nombre de caméras), on augmente les effectifs de la police technique et scientifique (une police blanche comme Monsieur Propre!), et on accroît la circulation de l’information entre eux.
Pour manager (et surtout ménager) les ressources humaines chez les condés, la loi prévoit par ailleurs la création d’une réserve civile (flicaille retraitée et « citoyens-vigiliants-délateurs-volontaires »), une formation permanente… et bien sûr une promotion sociale car c’est vraiment trop dur d’être un poulet!
Ce programme d’orientation s’accompagne d’une énorme réforme juridique qui vient légaliser les nouveaux moyens techniques et technologiques exploitables par les keufs et la répression ciblée de la petite délinquance répétée.
D’un côté, on trouve tout un tas d’articles visant à faciliter le travail des flics : simplification des procédures d’alimentation des fichiers de police et légalisation de leur recoupement avec ceux privés et sociaux (banque, CAF, Sécu…), simplification du recours à la surveillance informatique et téléphonique (légalisation de la captation à distance de données informatiques, allongement de la durée légale d’interceptions téléphonique, allongement de la durée de conservation de ces données…), extension du recours à la vidéo-surveillance comme preuve, protection des agents du renseignement qui leur offre une totale impunité et favorise l’utilisation du témoignage sous X (un témoignage de condé) comme élément à charge dans une procédure.
D’un autre côté, le principe est de faire entrer dans le champs juridique de plus en plus d’infractions et de durcir les peines des actes de débrouille, bidouille, système D: délinquance routière, vente à la sauvette, « fraude » aux allocations sociales, cybercriminalité, squat, vols… jusqu’à la création de nouvelles peines pour les parents de mineurs indisciplinés qui auraient par exemple rompu leur « contrat de responsabilité parentale » en laissant traîner leur progéniture après les horaires du couvre feu individuel imposé par le Préfet.

Ces nouvelles mesures disciplinaires et coercitives s’inscrivent dans la droite lignée des politiques sécuritaires mises en oeuvre ces dernières années à travers un arsenal de lois et de décrets législatifs (LSQ,LSI, Lois Perben, LOPSI1). Si la LOPPSI2 est indéniablement un bon moyen de réprimer les galériens adèptent du système D, ce qui est en jeu derrière cette énième loi, c’est une anticipation et une adaptation des politiques de «sécurité» aux troubles sociaux que ne manqueront pas de provoquer les mesures d’austérité mise en place par les Etats européens. La répression comme outil adéquat à la gestion de la population, en ces temps de crispation des inégalités du système. Triste programme qui ne risque pas de s’arrêter en si bon chemin, quand bien même la LOPPSI serait abrogée.
Alors pourquoi lutter contre une énième loi alors que nous savons que toutes les lois sont à détruire pour mettre fin aux systèmes d’exploitation et de domination ?
La situation de guerre sociale, volontairement durcie par l’Etat, voit surgir des résistances diffuses à travers le monde. La peur distillée et l’isolement de chacun sont des barrières à l’extension de nos luttes. La seule force capable de contrer l’avancée de la domination et de l’exploitation repose sur nos capacités à nous solidariser, à entrer en lutte et à unir nos combats. La lutte contre la LOPPSI ne nous apportera donc pas de grande victoire mais une occasion de plus pour expérimenter des moments d’auto-organisation et développer ensemble une critique et une démarche de résistance collective face à ce système qui nous atomise et nous rend vulnérables pour mieux nous asservir. La base de notre force réside dans la mise en commun de nos envies, de nos moyens et de nos perspectives…que nous entendons bien mettre en pratique ensembles !

http://antilop.eklablog.com/

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